dimanche 12 avril 2020

Pâques 2020 - 5° dimanche du confinement.

Mais ou sont les Pâques d'antan, paraphrasant le poète ? jadis, c'etait une vraie fête, marquante, majeure, avec repas de famille élargi, gâteaux en forme de nid, garnis d'oeufs, du gigot le plus souvent, et bien sûr auparavant, procession des pénitents, cérémonie du vendredi saint, confession, et tradition elle aussi marquante : toilette renforcée pour les plus anciens, à cette époque où l'eau n'était pas encore courante, et une seconde, le port d'un habit neuf. Un chapeau pour les dames, une chemise ou une cravate neuve pour les messieurs, et pour moi dans l'enfance, souvent un nouveau blazer. Oui, ce qui frappait, c'etait l'assistance à la messe dans une église remplie à bloc de gens endimanchés "qu'on ne voyait pas souvent", aurait dît ma mère, qui défilaient longuement pour faire leurs Paques. Oui, une tradition même pour les moins convaincus.

Cette année, reprenant une phrase de François Mauriac que j'aime beaucoup, que retrouverait le Seigneur s'il revenait sur Terre ? Des églises désertes, le Pape seul au Vatican dans une basilique fermée...

Tout ceci par l'impact, la magie d'un invisible virus, qui a stoppé le monde net. L'Homme rédécouvre que la Nature est la plus forte, qu'il n'est rien, que sa fragilité est éternelle.

Tout ce qui était important avant - ou présenté comme tel - réforme des retraites, guerres lointaines, prix du pétrole, économie - s'est brusquement figé, et a disparu de la scène du monde.

Surtout, cette crise oblige a tout repenser, sans avoir les éléments définitifs pour décider. Certes, 100.000 morts dans le monde, en trois mois, c'est énorme. Mais ce n'est rien par rapport à d'autres faits du Passé, guerre de 1914, invasion de l'URSS, grippe espagnole, accidents de la route, et même suicides ou morts de faim. 

Ce qui est frappant, c'est non seulement que la machine soit arrêtée, mais surtout que très peu aient imaginé de tels évènements, et que l'impréparation ait été presque totale, à tous les niveaux. Les Etats ont failli.

Non moins frappant, c'est l'énergie et le dévouement de beaucoup de gens "ordinaires", en première ligne, et bien sûr, parallèlement, l'angoisse de beaucoup plongés dans un monde incertain, et inquiétant. Commerces fermés, usines à redémarrer, tourisme arrêté, transports en panne, et frontières revenues.

Pour Mattes, naturellement, les choses ont aussi toutes changé. Certes la vigne est là, mais les clients reviendront ils et quand ? comment se fera le rédémarrage, ou tout disparaîtra ? jamais l'avenir n'a paru aussi illisible, malgré les yeux qui le scrutent.